Je ne travaille pas la matière. Je travaille ce qui la traverse.

Younes Khourassani
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Khourassani Younes
Technique8 mai 2024

Sacred Light : genèse d'une série

Comment naît une série ? La genèse de « Sacred Light » — de la première intuition à l'exposition à la Galerie 38 de Casablanca — retrace le chemin entre l'idée et la forme.

La série « Sacred Light » n'a pas commencé par une idée mais par une sensation. C'était en 2021, dans l'atelier, par un après-midi d'automne. J'avais posé une couche de peinture cellulosique sur une plaque d'aluminium et, en attendant que la couche sèche, j'observais comment la lumière déclinante du dehors se comportait sur la surface fraîche. Il y avait quelque chose dans cette lumière-là — sa façon de sembler venir de l'intérieur de la peinture plutôt que de se poser sur elle, sa qualité presque indescriptible de présence recueillie — qui m'a arrêté. J'ai su que je tenais quelque chose, sans savoir encore ce que c'était.

Les premières œuvres de la série étaient des tentatives d'exploration plus que des œuvres abouties. J'essayais des formats différents, des épaisseurs de couche différentes, des associations de couleurs différentes. Ce qui est devenu rapidement évident, c'est que la série fonctionnerait dans des formats grands — non pas monumentaux, mais suffisamment imposants pour que la présence physique de l'œuvre soit ressentie avant que la composition soit analysée. Les formats 150 x 200 cm sont devenus la norme pour la série : assez grands pour envelopper le regard, assez maniables pour voyager dans les conditions d'une foire internationale.

Le choix des couleurs a été le processus le plus long. « Sacred Light » devait être une lumière particulière — pas la lumière solaire ordinaire, pas la lumière électrique artificielle, mais une lumière qui possède une qualité de recueillement, de concentration spirituelle. Je me suis tourné vers les couleurs que j'associe à cette expérience dans ma propre mémoire culturelle : l'or pâle des manuscrits arabes enluminés, le bleu profond des céramiques de Fès, le blanc presque aveuglant des sanctuaires marocains dans la lumière de midi. Ces couleurs ne sont pas utilisées telles quelles — elles sont travaillées, mélangées, superposées jusqu'à ce que leur intensité premiere disparaisse pour laisser place à quelque chose de plus subtil et de plus puissant.

L'exposition de la série à la Galerie 38 de Casablanca, puis sa participation à des foires internationales, a révélé quelque chose d'inattendu : la résonance de ces œuvres auprès de collectionneurs de cultures très différentes. Un collectionneur émirati m'a dit que le titre « Sacred Light » lui avait d'abord semblé présomptueux — et que la toile l'avait convaincu du contraire. Un collectionneur suisse m'a confié que ces tableaux lui rappelaient la lumière qui tombe dans les cathédrales gothiques. Pour moi qui pensais à la lumière des sanctuaires islamiques, la convergence était inattendue et révélatrice : il y a dans la recherche de la lumière sacrée quelque chose qui transcende les traditions religieuses particulières pour toucher un universel de l'expérience humaine.

Aujourd'hui, la série continue d'évoluer. Chaque nouveau tableau de la série est à la fois fidèle à l'intuition première — cette lumière qui semble venir de l'intérieur de la matière — et différent des précédents. C'est ainsi que les séries fonctionnent, quand elles fonctionnent vraiment : elles permettent d'explorer une idée jusqu'à son épuisement, en sachant que cet épuisement ne viendra peut-être jamais, parce que l'idée est assez riche pour se renouveler indéfiniment.

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