Declaration de l'artiste
TéléchargerJe ne travaille pas la matière.
Je travaille ce qui la traverse.
Mon travail prend origine dans une relation directe, presque physique, avec le monde — la terre, le métal, le poids, la résistance. Mais très vite, une question s'est imposée : la matière est-elle une finalité… ou simplement un passage ?
Depuis lors, mon travail n'a pas changé autant qu'il s'est approfondi. Ce qui m'intéresse n'est plus la chose en elle-même, mais les forces qui la traversent.
Le visible, dans mon travail, n'est jamais autonome. Il est toujours traversé par ce qui lui échappe — par une dimension invisible qui déstabilise la forme et l'empêche de se fixer dans un sens définitif.
La lumière n'intervient pas ici comme un simple élément d'éclairage, mais comme une force structurelle active. Elle réorganise les relations internes de l'œuvre, transforme sa perception, et introduit une tension permanente entre densité et disparition, entre poids et élévation.
Les formes qui émergent ne sont jamais définitives. Elles existent dans un processus continu de transformation — dans un état de devenir plutôt que d'achèvement.
Dans ce sens, l'œuvre ne se présente pas comme une image, mais comme un champ d'expérience. Elle n'invite pas à regarder, mais à entrer — à s'engager dans un processus perceptif où le sens n'est pas donné, mais construit.
L'œuvre s'accomplit dans cette rencontre.
Textes critiques
Le travail de Younes Khourassani s'inscrit dans une dynamique de transformation qui interroge la matière, non comme une finalité formelle, mais comme un champ actif au sein duquel se déploient des relations complexes entre le visible et ce qui le dépasse. Dès ses débuts, son approche témoigne d'une conscience aiguë du poids de la masse et de sa mémoire, sans jamais s'y limiter, ouvrant progressivement son travail à une réflexion plus profonde sur le rôle de la matière dans l'œuvre.
Dans cette perspective, la matière ne se présente pas comme un élément autonome ou autosuffisant, mais comme un milieu de transition, où les formes apparaissent comme des états provisoires inscrits dans un processus continu de transformation. L'œuvre ne se construit pas comme une configuration stable, mais comme un système ouvert, traversé par différents niveaux de perception, et susceptible d'être réactivé à travers l'expérience du regardeur.
Le tournant opéré dans son parcours constitue un moment charnière, marqué par un déplacement du rapport à la masse, désormais appréhendée comme un espace de passage. Cette mutation ne relève pas d'une rupture, mais d'un approfondissement, qui reconfigure les éléments plastiques en les orientant vers un registre plus abstrait, où l'objet cède sa centralité au profit des tensions qu'il révèle.
Dans ce cadre, la lumière occupe une fonction structurelle. Elle n'intervient pas comme un simple élément visuel, mais comme une force organisatrice, capable de reconfigurer les relations internes à l'œuvre. Elle ne se limite pas à rendre les formes visibles, mais participe à la définition des conditions mêmes de leur apparition, inscrivant ainsi la perception au cœur du dispositif artistique.
Les œuvres de Khourassani se déploient dans un espace instable, régi par des dynamiques de déplacement et de transformation, où les formes ne se fixent jamais définitivement, mais se maintiennent dans un état de tension entre apparition et disparition. Cette instabilité ouvre l'œuvre à une pluralité de lectures, et l'inscrit dans une logique expérimentale qui dépasse la représentation pour engager une expérience perceptive.
Dans cette logique, l'œuvre ne s'achève qu'à travers l'implication du regardeur, qui n'est plus envisagé comme un simple récepteur, mais comme un acteur de la construction du sens. L'espace de l'œuvre devient ainsi un lieu d'expérience, où matière, lumière et perception s'articulent au sein d'un système ouvert, résistant à toute interprétation univoque.
