Art et lumière naturelle : la géographie de la lumière marocaine dans ma peinture
La lumière du Maroc — intense, directionnelle, chargée de poussière et d'histoire — est le premier matériau de mes tableaux, avant même la peinture.
Il y a des endroits dans le monde où la lumière a une qualité particulière, immédiatement reconnaissable, impossible à expliquer entièrement par des données scientifiques. La lumière de Casablanca en est un. Ce n'est pas simplement une question d'intensité solaire ou d'angle de déclinaison — quoique le Maroc soit favorisé sur ce plan, avec une luminosité qui peut être cruelle en été et d'une douceur bouleversante en hiver. C'est aussi une question de matières : l'ocre des murs de médina qui réfléchit la lumière et lui donne une chaleur spécifique, la blancheur des façades modernistes de Casablanca qui amplifie et durcit le contraste, la transparence de l'air des hauts plateaux de l'Atlas en novembre. Ces lumières-là ne se trouvent pas en Europe du Nord, ni aux États-Unis, ni même dans les autres pays méditerranéens. Elles sont marocaines.
Ma sensibilité à cette lumière s'est formée lentement, par accumulation d'expériences perceptives que je ne cherchais pas à analyser. L'enfance passée à observer les intérieurs changeants selon les heures du jour, les études aux Beaux-Arts où Mohamed Hamidi nous enseignait à regarder avant de dessiner, les premiers voyages en Europe qui ont rendu soudainement visible, par contraste, quelque chose que j'avais absorbé sans le nommer. C'est seulement quand j'ai commencé à travailler avec la peinture cellulosique, vers 2020, que j'ai compris à quel point ma mémoire visuelle de la lumière marocaine allait devenir le programme central de mon travail.
La peinture cellulosique est le médium qui me permet d'approcher le plus près de ce que je veux faire : capturer non pas la lumière telle qu'elle apparaît à un moment donné, mais la lumière telle qu'elle se souvient d'elle-même. Une surface de peinture cellulosique bien appliquée sur aluminium a cette propriété étrange de sembler émettre sa propre lumière plutôt que de simplement la réfléchir. Quand un visiteur d'exposition s'arrête devant un tableau et me dit : « On dirait qu'il y a une source lumineuse à l'intérieur », je sais que j'ai atteint quelque chose. Ce n'est pas une lumière représentée — c'est une lumière produite par la matière elle-même, par la façon dont les pigments ont été liés et stratifiés.
La géographie joue un rôle dans la peinture de bien des façons. Pour Turner, c'était la brume de la Tamise et les ciels instables du lac de Côme. Pour Matisse, c'était la lumière de Collioure, puis de Tanger, où il est venu expressément pour trouver une clarté qu'il n'avait jamais vue. Pour moi, c'est la lumière du Maroc — pas une lumière exotique ou pittoresque, mais une lumière intérieure, celle d'une enfance et d'une formation, celle d'un espace mental autant que physique. Je ne cherche pas à la transcrire : je cherche à la continuer dans un autre médium, à lui donner une forme qui permette de la ressentir sans l'avoir nécessairement vécue.
Autres articles
