Je ne travaille pas la matière. Je travaille ce qui la traverse.

Younes Khourassani
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Khourassani Younes
Expositions22 juillet 2024

Exposer à l'international : ce que les foires m'ont appris sur l'universalité de l'art

Abu Dhabi, Paris, Amsterdam, Londres, Marrakech, Cape Town : cinq ans d'expositions internationales m'ont confronté à une question centrale — qu'est-ce qui passe les frontières dans une œuvre d'art ?

Chaque foire internationale est une expérience de vérification. On arrive avec ses œuvres, ses certitudes esthétiques, ses références culturelles — et on les confronte à un public qui n'a pas les mêmes références, les mêmes habitudes de regard, les mêmes attentes. C'est un exercice d'humilité et de découverte simultanée. Depuis ma première participation internationale à 1-54 Londres en 2023, j'ai eu l'occasion de tester mes œuvres à Abu Dhabi, Paris, Amsterdam et Marrakech. Chaque contexte a été différent, et chaque différence m'a appris quelque chose sur ce que l'art peut ou ne peut pas traverser.

La première leçon est que les œuvres qui « passent » les frontières culturelles sont celles qui ont une forte présence physique. À Abu Dhabi Art Fair, dans le cadre du stand d'Eclectica Contemporary, j'ai observé que les visiteurs — dont beaucoup venaient d'horizons culturels très différents du mien — réagissaient d'abord au tableau comme à une expérience sensorielle : la couleur, la surface, la façon dont la lumière changeait selon l'angle de vision. La compréhension intellectuelle du contexte culturel de l'œuvre venait après, si elle venait. Ce qui accrochait le regard, c'était la présence physique, inégale, irréductible à une explication.

La deuxième leçon est que le contexte d'exposition modifie profondément la réception de l'œuvre. La même toile, placée dans un stand de foire à côté d'œuvres très différentes, au milieu du bruit et de l'agitation d'une journée d'ouverture, parle autrement que dans une galerie silencieuse, éclairée de façon parfaite, où le spectateur prend le temps de s'arrêter. J'ai dû apprendre à anticiper ces différences de contexte dans ma façon de préparer les accrochages, de choisir quelles œuvres présenter dans quel type d'espace.

La troisième leçon, peut-être la plus importante, concerne l'identité culturelle de l'œuvre. J'ai parfois craint que mes références — l'École de Casablanca, la tradition géométrique arabo-berbère, la lumière du Maroc — constituent un obstacle à la réception internationale. J'ai découvert le contraire : c'est précisément la singularité culturelle de ces œuvres qui suscite l'intérêt le plus profond. Les collectionneurs et les institutions internationaux ne cherchent pas des œuvres interchangeables, déculturées, conformes à un style international sans ancrage. Ils cherchent des œuvres qui ont quelque chose à dire qui ne peut pas être dit autrement — une perspective spécifique sur le monde, ancrée dans une expérience particulière et capable de parler au-delà d'elle.

C'est peut-être cela, l'universalité en art : non pas l'effacement de ce qui est particulier, mais la capacité du particulier à toucher l'universel. Une œuvre qui parle depuis une expérience singulière — marocaine, africaine, contemporaine, masculine, liée à une certaine façon de voir la lumière et la matière — peut toucher quelqu'un à Tokyo, à São Paulo ou à Oslo, précisément parce qu'elle n'essaie pas de parler à tout le monde de la même façon. Elle parle de là où elle est, avec tout ce que ce lieu implique, et c'est cela qui lui donne sa force.

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