Je ne travaille pas la matière. Je travaille ce qui la traverse.

Younes Khourassani
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Khourassani Younes
Réflexions28 mars 2025

Résidences d'artistes : pourquoi elles transforment une pratique

La résidence à Paris avec Coty UK a été bien plus qu'une collaboration commerciale : c'est une expérience qui a repositionné mon regard sur la relation entre art, espace et perception.

Une résidence d'artiste est une parenthèse dans le flux ordinaire du travail. Elle retire l'artiste de son environnement habituel — l'atelier familier, les routines installées, les interlocuteurs récurrents — pour le placer dans un espace nouveau, avec de nouvelles contraintes et de nouvelles possibilités. Cette dislocation est inconfortable par définition, et c'est précisément pour cela qu'elle est productive. Ma résidence avec Coty UK à Paris, dans le cadre de la participation à 1-54 London, a été l'une de ces expériences qui modifient durablement une façon de voir et de travailler.

Le contexte de cette résidence était particulier : il s'agissait de travailler en dialogue avec l'univers du parfum. La maison Coty, l'une des plus anciennes du secteur, voulait explorer les intersections entre création visuelle et création olfactive. Au premier abord, la proposition semblait séduisante mais risquée — le danger d'une collaboration entre un artiste et une marque commerciale est toujours celui de la récupération, de la réduction de l'œuvre à un support de communication. Mais la façon dont Coty a structuré le projet — en donnant à l'artiste une liberté totale sur la création, et en inscrivant la fragrance en dialogue avec l'œuvre plutôt que l'inverse — a dissipé cette crainte.

Ce que la résidence m'a appris, d'abord, c'est la puissance de la contrainte créative. Travailler dans un espace nouveau, avec des matériaux qui devaient dialoguer avec un sens que je ne contrôlais pas — l'olfactif — m'a forcé à penser différemment la question de la présence. Une œuvre visuelle peut être regardée et ignorée, on peut s'en approcher ou s'en éloigner. Un parfum, lui, occupe l'espace de façon impérieuse : il s'impose, il enveloppe, il persiste. Travailler avec cette conscience a modifié ma façon d'envisager l'impact physique d'une peinture — comment elle occupe l'espace au-delà de son cadre, comment elle rayonne ou au contraire se referme sur elle-même.

Les résidences d'artistes sont également des espaces de rencontre inestimables. J'ai pu, dans ce contexte, dialoguer avec des créateurs de parfums, des designers, des architectes qui travaillaient dans des univers apparemment éloignés du mien mais partageaient des préoccupations communes : la relation entre la forme et le temps, entre la matière et la mémoire, entre la sensation et la signification. Ces échanges ont élargi mon vocabulaire conceptuel d'une façon que la seule pratique isolée en atelier n'aurait pas permis.

Pour les artistes qui hésitent à s'engager dans une résidence — par peur du déracinement, par attachement à leurs habitudes, par méfiance envers le monde institutionnel ou commercial — je dirais simplement ceci : l'inconfort est le signe que quelque chose se passe. La résidence idéale n'est pas celle qui vous donne tout ce dont vous avez besoin : c'est celle qui vous oblige à vous adapter, à inventer, à sortir du répertoire connu. C'est dans cet espace d'inconfort créatif que les œuvres les plus intéressantes naissent.

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